LE TOURISME LOCAL MIS À MAL

Nous avions décidé de ne plus publier d’article au sujet des éoliennes. Nous pensions avoir fait le tour de la question, portant à votre connaissance des éléments raisonnés, documentés qui n’émanaient pas d’obscures officines : que de la donnée factuelle !

Vous pouvez relire notre exposé décliné dans différents articles :

Mais vla t’y pas que notre quotidien régional préféré, la Nouvelle République (NR), nous a pondu un magnifique article le 17 juillet 2018 intitulé « Projets d’éoliennes : peur sur le château » :

En synthèse, nous y lisons que :

  • 2 associations de riverains des possibles futurs champs d’éoliennes du Petit Pressigny et de Bridoré ont été créées récemment. La NR évoque pour la naissance de ces deux associations une « même réaction ».
  • Ces possibles futures éoliennes « mettraient à mal le tourisme local ».

Voilà les informations qui ont été livrées aux lecteurs par la NR. Mais il est fort dommage qu’un pan entier d’information n’ait pas été porté à leur connaissance. Comme il faut bien que quelqu’un s’y colle, nous le faisons maintenant.

Ces deux associations locales de riverains ne sont que la conséquence de la politique d’essaimage récemment décidée par l’AEST37 et exposée lors de leur réunion ouverte du 17 mai 2018 à Loches (voir l’article « Thorium »). Un journaliste de la NR de Loches assistait à cette réunion et donc est parfaitement informé de cette stratégie. Dommage que l’article de la NR ne la mentionne pas.

Je dis que ces nouvelles associations de riverains sont partie intégrante de la stratégie de l’AEST37, encore me faut-il le prouver. Voici donc les mots prononcés à Loches le 17 mai 2018 par Michel Bernard, président de l’AEST37 :

« Je crois qu’on en est maintenant aux décisions concrètes. C’est à dire que les différents endroits où les promoteurs [d’éoliennes] se posent nécessitent une réponse collective. Il faut argumenter au niveau de chaque localité, mais le but est d’arriver aussi de faire une pression au niveau départemental sur madame la Préfète.

Jusqu’à présent quand un problème avait lieu, un projet éolien, c’était l’AEST en tant que tel qui intervenait et se chargeait de toutes les phases. Vu la multiplication de tout ce qui se passe, ce n’est plus possible. Et l’expérience montre qu’il est essentiel que ce soit les habitants du lieu qui se prennent en charge. On ne vous abandonnera pas, je vous abreuverai de documents, mais ça veut dire que l’intervention de l’AEST ne peut pas se faire sur tout le territoire en même temps.

L’association locale fera une contre-enquête telle que nous l’avons fait lors des projets précédents. Le travail de l’association locale sera tout aussi important puisque vous ferez le dossier de contre enquête. On le fera ensemble

Nous souhaitons que chaque association qui se créée puisse venir participer au conseil d’administration [de l’AEST37] de telle façon à ce que le lien se fasse. »

Face à la multiplication actuelle des études éoliennes, la stratégie de l’AEST37 est donc maintenant de multiplier la création d’associations attachées chacune à un projet, et de les cornaquer : fourniture de « documentation » prémâchée, élaboration conjointe de dossiers, participation au conseil d’administration de l’AEST37.

Aussi on ne peut que sourire quand on lit dans l’article de la NR les propos d’un président d’une de ces nouvelles associations quand il dit « Il faut nous laisser le temps de travailler ». Qu’il se rassure tout lui sera livré prémâché.

Chacun a le droit de définir l’organisation qui lui semble la plus adaptée pour atteindre ses objectifs, mais cela va mieux en le disant plutôt que de laisser croire qu’il s’agit de générations spontanées. Toutes ces associations de riverains qui voient le jour actuellement ne sont que les premières, et s’inscrivent dans la stratégie arrêtée par l’AEST37. Ce sont ses faux-nez, ses filiales qui reprendront « l’argumentation » de l’AEST. Et nous avons dit ce que nous en pensions (voir les articles « Les passions de l’âme » et « Thorium » ).

Passons maintenant au second argument choc que rapporte la NR, sorti de la bouche d’Alain Arnoud :

« Quand j’étais vice-président chargé du développement économique à Loches Développement [ex CCLD], nous avons voulu développer le tourisme et donc toujours refuser ces éoliennes. »

Il y aurait donc une relation directe entre le développement touristique et la présence d’éoliennes qui à elles seules le mettrait à mal. Les éoliennes feraient fuir les touristes. Quelle étude l’indique ? Quels sont les références bibliographiques, les études sur lesquelles cet argument choc s’appuie ?

Nous avons cherché, et nous avons trouvé une étude menée par l’institut de sondage CSA en 2003 pour le compte de la Région Languedoc-Roussillon, autrement plus touristique que notre coin de Touraine. Son titre « Impact potentiel des éoliennes sur le tourisme en Languedoc Roussillon ». On est en plein dans le sujet. Voici la synthèse de l’étude :

Menée en août et septembre 2003 auprès de 1033 touristes, français et étrangers, elle conclut :

« La Région s’interrogeait en effet sur les conséquences de l’implantation de telles installations de production de l’électricité sur les vacanciers : constitueraient-elles une incitation ou au contraire un frein au tourisme dans la Région ? La réponse semble se trouver entre les deux : les touristes, venus essentiellement pour se détendre et profiter des paysages apprécient nettement les implantations d’éoliennes, incitent la Région à poursuivre cette politique. Ils ne s’accordent cependant pas tous sur les lieux où elles devraient se situer, sauf un : à proximité des axes routiers. Au final, les éoliennes apparaissent ni comme un facteur incitatif, ni comme un facteur répulsif sur le tourisme. Les effets semblent neutres. D’une manière transversale, on ne constate pas de grands clivages de positions, d’attitudes, de jugements ou d’attentes concernant les éoliennes. »

D’après cette étude, la seule connue de nous réalisée sur le sol français, les éoliennes ne sont ni un facteur incitatif, ni un facteur répulsif. Leur présence est à peu près neutre pour le niveau de fréquentation touristique.

Mais vous me direz, une étude et une seule, de plus « d’opinion » quand on sait à quel point l’opinion est changeante et fragile, c’est bien mince pour en tirer des généralités, encore plus quand elle est ancienne. Vous auriez raison, mais au moins cette étude EXISTE. On en connaît l’auteur et le commanditaire. J’attends que l’AEST37 ou une de ses « filiales », qu’Alain Arnoud publient l’étude sur laquelle ils basent leur opinion des éoliennes répulsives à touristes.

Cherchant encore, nous avons trouvé une seconde étude bien plus récente celle-là : 2016. Elle n’est pas française mais écossaise. Et elle est bigrement intéressante. Son titre : « Champs d’éoliennes et tendances du tourisme en Ecosse ». Là encore on est en plein dedans.

Elle a été réalisée par Biggar economics, cabinet écossais indépendant d’études économiques, créé en 2002 et qui travaille pour le compte de collectivités locales ou centrales, comme le gouvernement Ecossais.

Le tourisme en Ecosse ce n’est pas rien : à l’échelle du Pays, c’est 210 000 emplois équivalent temps plein, particulièrement important et développé dans leurs territoires ruraux où il peut représenter près de 20 % de la totalité des emplois locaux. On peut comprendre que les autorités locales aient étudié l’impact éventuel des éoliennes sur le tourisme.

L’étude de Biggar economics confirme l’enquête précédente menée par l’Office du Tourisme national écossais, les auditions menées en 2012 par le parlement écossais qui dans un bel ensemble notent :

«même si des opinions fortes mais anecdotiques existent contre les éoliennes, aucune évidence n’existe démontrant que le tourisme écossais serait affecté négativement par un plus grand développement de l’éolien onshore et offshore.»

Mais le cabinet Biggar economics est allé plus loin que le seul recueil des opinions des acteurs économiques écossais. Il a étudié l’évolution réelle de l’emploi touristique dans un périmètre de 15 kilomètres autour de 18 champs d’éoliennes. Ces éoliennes ont été installées entre 2011 et 2013. En 2009, il n’y en avait aucune sur les 18 périmètres étudiés. Voici comment a évolué l’emploi touristique de 2009 à 2013 dans un périmètre de 15 kilomètres autour de ces nouveaux champs d’éoliennes :

Pour 15 secteurs, l’emploi touristique a augmenté plus fortement que celui de l’Ecosse. Pour 3 secteurs, il est en baisse.

Et l’étude de conclure :

« Although this study does not suggest that there is any direct relationship between tourism sector growth and wind farm development, it does show that wind farms do not cause a decrease in tourism employment either at a local or a national level. »

Dit en français :
« Bien que cette étude ne suggère pas qu’il y ait un lien direct entre la croissance du secteur touristique et le développement de champs d’éoliennes, elle montre que les champs d’éoliennes ne causent pas une décroissance de l’emploi touristique, tant localement que nationalement. »

Cela fait quand même beaucoup d’indices qui concourent à penser que les éoliennes ne sinistrent pas le tourisme.

A force d’entendre ressassé à l’envi l’argumentaire de l’AEST37, le « bon » Alain Arnoud l’a crû avéré. Et quand il s’est agi de promouvoir sur le territoire de l’ex CCLD une politique touristique, il a été décidé en conséquence d’en bannir les éoliennes. Lui et beaucoup d’autres se sont opposés à la présence de la moindre éolienne, alors qu’elles ne font pas fuir les touristes. Quelle tristesse ! Voilà ce qu’on appelle une bonne politique économique territoriale, aux appuis solides.

Outre le tourisme, l’ex CCLD avait fait le choix principalement pour son développement économique d’aménager des zones d’activités, d’y construire, d’y racheter, d’y louer des bâtiments, au prix d’une dette considérable, diluée depuis la fusion des 4 communautés de Communes. Et depuis la fusion, sans débat, c’est la même politique classique, standard, très 20eme siècle qui est menée (voir l’article « Aménageurs de territoire »), la communauté de Communes Loches Sud Touraine (CCLST) se substituant très souvent au rôle dévolu aux banques ou aux sociétés foncières (voir l’article « Loches Sud Touraine fait la banque »).

Aujourd’hui encore, les recettes financières de la CCLST issues de cette politique de développement économique vieille de plus de 10 ans sont toujours inférieures aux dépenses (voir l’article « C’est pas nous »), alors que d’autres collectivités, plus audacieuses, s’interrogent comment utilement dépenser les réserves accumulées dans la Société d’Economie Mixte où sont logées leurs éoliennes (voir l’article « Saint Georges terrassant le dragon »).

Voilà. A partir d’une base documentaire avérée et incontestable, nous avons rectifié ce qui était sous-tendu dans l’article de la NR. C’était nécessaire, pour ne pas que des peurs inconsidérées, la zizanie, prospèrent dans notre belle Touraine.

Au-delà des craintes des uns et des autres, quelqu’un a t-il demandé aux investisseurs chinois qui se proposent de racheter le château de Verneuil sur Indre ce qu’ils pensaient des possibles futures éoliennes ? Quand se sont-ils exprimés à ce sujet ? Ça serait intéressant . Non ?

A l’occasion, la NR pourrait demander à Alain Arnoud, ou à l’actuel vice-président de la CCLST en charge du développement économique Marc Angenault, quelle est l’évolution depuis, allez disons 10 ans, l’évolution du nombre d’emplois dans le secteur touristique pour l’ensemble de nos 67 Communes, dans un environnement non « entravé » par des éoliennes. Et le comparer à l’évolution de l’emploi dans ce secteur en Région Centre Val de Loire et en France.

Le rapport d’observations définitives de la Chambre Régionale des Comptes d’Orléans sur l’Agence de Tourisme d’Indre et Loire publié le 11 mai 2017 nous donne quelques indications sur l’évolution, non pas de l’emploi touristique mais de la fréquentation touristique de 2011 à 2015 dans notre département sans éolienne :

On pouvait s’attendre, si l’on s’en tient à la « théorie » des éoliennes répulsives à touristes, que ces derniers fuient en masse les départements environnants qui tous comptent nombre éoliennes pour se réfugier en Indre et Loire et y profiter de paysages et d’un patrimoine totalement préservés puisqu’aucune éolienne n’y est à se jour installée. C’est la « théorie » de l’AEST37, celle d’Alain Arnoud et de Gérard Hénault président de la communauté Loches Sud Touraine.
Il semble qu’il n’en soit absolument rien : pour la période 2011 2015 le nombre de nuitées en camping et hotellerie est légèrement en baisse, quasi stable. Vous pouvez maintenant relire l’argumentaire de Gérard Hénault qui opposait le tourisme aux éoliennes (voir l’article « Plan climat : les éoliennes en question »). Hallucinant d’amateurisme.

Au fait, la diffusion de fausses informations est considéré comme un délit en France et à ce titre répréhensible. Et là elles n’émanent pas des réseaux sociaux mais bien de nos élus locaux  actuels ou anciens, censés mener ou avoir mené une politique d’aménagement de notre territoire raisonnée

Cette fois nous en avons définitivement terminé avec les éoliennes.

POUR ACCÉDER A L’ÉTUDE COMPLÈTE MENÉEE PAR BIGGAR ECONOMICS, cliquez sur le lien qui suit :

http://www.biggareconomics.co.uk/wp-content/uploads/2016/07/Research-Report-on-Wind-Farms-and-Tourism-in-Scotland-July-16.pdf

Les caractères en bleu sont des citations orales ou écrites
Voir article: pointez le titre, cliquez, et l’article s’ouvre

ISSN 2610-5942

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3 réflexions sur “LE TOURISME LOCAL MIS À MAL

  1. stratégie surprenante pour les élus du Sud Touraine qui privilégient le tourisme à l’éolien considéré comme un repoussoir malgré la manne financière ( au moins un million d’euros par an de retombées dont un grand pourcentage pour LST ) que représente 6 à 7 parcs éoliens : on réduit les moyens attribués au tourisme ???

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  2. Éoliennes et tourisme est-ce compatible ? Je me rends régulièrement en Vendée où les champs d’éoliennes poussent comme des champignons. A ce jour , pour avoir consulté quelques statistiques, les touristes ne fuient pas bien au contraire, ce département est l’un des plus dynamique où le taux de chômage est l’un des plus bas, et la population une des plus jeune de France, sans pour y voir un rapport de cause à effet, on se doit d’y réfléchir.

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  3. La encore on rejoint la nécessité d’un projet de territoire digne de ce nom
    Les seules actions qui peuvent être prises en compte sont celles qui peuvent être financées
    Quelle orientation de l’action de cclst dans ce domaine ? Publicité et information?
    Financement d’effets de levier?
    Caution d’emprunt de société « start up »?
    Emprunt d’une partie des 51% d’une SEM?
    Quelle est la part du budget consacrée à cette action ?????
    Poser la question est ce un travail de sape!!!!

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