SAINT GEORGES TERRASSANT LE DRAGON

Dans le cadre de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE), le conseil régional du Centre Val de Loire organisait le 12 juin 2018 en soirée à Châteauroux un débat autour du thème :

« Transition énergétique & développement rural »

Plus tôt dans la journée étaient organisées des visites de sites d’installations ou de projets qui illustraient cette thématique.

Comme le sujet du jour nous intéressait bigrement (voir article « Thorium »), comme nous en étions informés par la Région, nous avons passé la journée entière dans l’Indre. En voici quelques temps forts qui pourraient être source d’inspiration pour notre territoire de Loches Sud Touraine, par essence rural.

1ere visite : Entreprise Floriades de l’Arnon située à Lury sur Arnon

Elle produit principalement des tapis de fleurs qu’elle vend à des collectivités et quelques grands clients parmi lesquels le Parc Eurodisney de Marne la Vallée, les aéroports de Roissy et d’Orly, le Futuroscope, le musée du Louvre et le château de Chaumont dont le parc est labellisé « Jardin remarquable ».

Intérêt pour le client de ces tapis de fleurs livrés clé en main : les plaques de végétaux arrivent fleuries, ne nécessitent ni engrais ni désherbage.

Cette entreprise emploie à l’année 20 personnes équivalent temps plein, et en haute saison 60 personnes équivalent temps plein.

En 2011, cette entreprise a construit 3 hectares de serres, qu’elle a équipées de panneaux photovoltaïques. Coût de l’investissement : 3 millions d’euros.

Aujourd’hui elle souhaite se diversifier pour valoriser énergétiquement les déchets verts ligneux (*). Elle a en projet une installation de production d’électricité, de chaleur et de froid à partir de ses propres déchets verts ligneux, de ceux des Communes environnantes et de ceux déposés dans les déchetteries alentour :

Charles Fournier, vice-président du conseil régional Centre Val de Loire, en charge de la transition énergétique, précise :

« La Région élabore le plan régional de gestion et de prévention des déchets. Toutes les collectivités devront trier leurs déchets, donc vous aurez des gisements [de matière première ligneuse]. L’idée est de trier et valoriser. En 2025, c’est demain, les bio déchets, les déchets verts devront être triés. C’est dans la loi. On a inscrit dans le plan régional que 50% de ces déchets verts triés devront être valorisés. »

Pour rappel, les déchetteries du territoire de la communauté de Communes Loches Sud Touraine (CCLST) reçoivent tous les ans un peu plus de déchets (voir l’article « Prépondérante mais oubliée »). En 2016, les déchetteries de la CCLST ont collecté 3 650 tonnes de déchets verts (voir l’article « Les ordures au rapport »). Il faudra bien trouver un moyen de les valoriser puisque cela va devenir obligatoire à l’horizon de 2025, soit demain pour une collectivité territoriale.

2eme visite : Ecole primaire de la Commune de Niherne, 1600 habitants.

L’école primaire communale est dotée de 5 chaudières « vétustes », « très énergivores » pour reprendre les termes de Marie Solange Hermen, Maire de la Commune.

Après avoir envisagé leur changement par une chaudière gaz « qui nous paraissait moins chère » d’après Marie Solange Hermen, la Municipalité s’est interrogée s’il n’y avait pas de possibilité pour faire de la géothermie.

Une importante nappe aquifère souterraine toute proche a été détectée. L’idée est de pomper cette eau qui est tout au long de l’année à température constante, environ 10°C, de l’amener à une Pompe à Chaleur eau-eau. Cette dernière en extrait les calories pour réchauffer l’eau du circuit fermé chauffant les locaux.

La pompe à chaleur consomme de l’électricité, mais pour 1 kWh d’électricité consommée, la Pompe à Chaleur restitue 4 kWh d’énergie de chauffage. L’eau souterraine refroidie est ensuite réinjectée dans la nappe, à bonne distance du point de captage pour qu’elle ait le temps de revenir naturellement à 10°C.

Le remplacement de l’installation de chauffage par une Pompe à Chaleur est prévu cette année. Sans prendre en compte le coût de l’isolation thermique des bâtiments de l’école, l’investissement communal pour cette installation de chauffage est estimé à 220 000 TTC. Le remplacement des chaudières par une nouvelle chaudière gaz aurait été trois fois moins cher, mais aurait nécessité tout au long de la vie de l’installation de consommer du gaz.

L’Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie (ADEME) subventionne le projet à hauteur de 50%. La Région Centre Val de Loire intervient aussi financièrement si le projet n’est pas rentabilisé en moins de 5 ans, histoire d’encourager les collectivités locales à la transition énergétique sans les pénaliser financièrement.

3eme visite :  Commune de Saint Georges sur Arnon. 600 habitants.

Jacques Pallas est Maire de cette Commune depuis janvier 1996. Convaincu que sa Commune de moins de 400 habitants en 1996 devait utiliser avant tout ses richesses endogènes pour se développer, il ne lui a pas échappé que Saint Georges sur Arnon se situait au beau milieu d’une Zone favorable au développement de l’éolien (voir l’article « Règles pour la direction de l’esprit »), référencée 15 sur la carte qui suit :

Une bonne grosse poche de gisement éolien, la plus importante de la Région Centre Val de Loire. Tel Saint Georges, Jacques Pallas s’est attelé pas à pas à terrasser le dragon, c’est-à-dire les énergies carbonées et minérales.

Aussi, en 2009 fut constituée une Société d’Economie Mixte (SEM) (**) au sein de laquelle furent logées 5 éoliennes. D’autres investisseurs privés ont implanté les 14 autres éoliennes que compte son territoire communal.

Aujourd’hui la Commune de Saint Georges sur Arnon compte donc 19 éoliennes. Pratiquement 10 ans après les débuts de cette aventure, voici ce qu’en dit aujourd’hui Jacques Pallas :

« Si on [les collectivités publiques] pouvait toutes les acheter [les éoliennes] ce serait bien. Pourquoi je dis ça ? Parce que la flotte on s’est fait couillonner. C’est un bien universel, ça appartient à tout le monde. Faisons attention, parce qu’avec l’énergie qui est à tout le monde, ça va être la même chose. Puis les richesses elles vont partir sur la planète financière.

 Un exemple : là-bas [montrant quelques éoliennes] vous savez qui est le propriétaire ? C’est Allianz, l’agence de Londres. Je ne les ai jamais vus. Toutes les richesses produites en Champagne berrichonne ça fout le camp à Londres. C’est normal ? Ben non.

Là ici, ça nous appartient, c’est réinvesti. La SEM vend sa production à EDF, puis après on fait notre tambouille, la répartition, l’autofinancement, les choses obligatoires. Le tarif de rachat est de 0.82 euros le kWh [La SEM réalise annuellement un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros].

Ce tarif est généreux. Mais pour n’importe quoi, dès l’instant que l’on investit « public », c’est subventionné et c’est normal. Après, quand ça arrive à maturité, il faut le diminuer. Et c’est le cas pour le photovoltaïque et pour l’éolien. Moi il faut qu’on me dise ce qui n’est pas subventionné.

On ne fera pas faillite. Ne vous inquiétez pas, puisqu’on a versé 50 000 euros à la Caisse des Dépôts et Consignation. Il n’y en a pas assez des 50 000 euros [pour démanteler le parc éolien], je suis d’accord. Alors j’ai fait venir RIC Environnement, ceux qui recyclent les matériaux. Il m’a dit, voilà monsieur le Maire, on les coupe, on les met au sol, on les découpe et on les amène en fonderie, et je vous donne 110 000 euros. Plus les 50 000, donc je crois qu’il y en aura assez pour démanteler.

Le parc ici il est fait pour 20 ans. Mais si le constructeur et l’entretien nous disent que ce n’est pas couteux de faire un an ou deux de plus, rendez-vous compte on a emprunté sur 15 ans. Le contrat c’est 40 ans avec les agriculteurs.

La particularité de la SEM c’est que c’est obligatoirement les collectivités qui sont majoritaires. Obligatoirement 51%, on peut monter à 80%. Mais comme on n’avait pas de fric, on est resté à 51%. Donc, il y a la Région, il y a la communauté de Communes, il y a la Commune de Migny, Saint Georges on était fauchés, il y a le syndicat départemental de l’énergie de l’Indre, cela représente les 51%.

Dans la partie privé, la Sergies qui est une SEM mais dès l’instant où elle est actionnaire d’une autre SEM elle est considérée comme privé, ensuite vous avez le Crédit Agricole, l’agence bancaire d’Issoudun et puis vous avez la Caisse d’Epargne. Et puis on avait Wind prospect qui entretenait, qui s’est retiré pour faire autre chose et donc Energie Partagée (***) est rentrée pour 260 000 euros au conseil d’administration.

C’est la SEM qui exploite et on a une société qui nous contrôle, pour ne pas que ça tombe en panne, qui nous fait tous les rapports.

Je vous dis, on est sorti du cadre du cimetière et des nids de poules. On est dans autre chose. Et ça c’est important. Quand je vous dis que les territoires ruraux sont plus riches que n’importe qui : le vent, le soleil, nos déchets.

Je dis aux Maires ruraux : « arrêtez de pleurer. Bombez le torse ».

Les éoliennes c’est un investissement de 15.3 millions d’euros. Quand je fais des conférences, les mecs ils se lèvent et ils s’en vont. Ils me disent « où tu veux qu’on trouve les 15 millions d’euros ? ». Sauf que le chèque est de 20%, le reste c’est des emprunts. Ça ne fait plus que 3.1 millions. 51% pour les collectivités, 1.6 millions d’euros, et 1.5 millions pour le privé.

Ça va mieux ! 1.6 millions c’est plus facile à trouver que 15.3 millions d’euros. Ça va mieux.

Dans une SEM, on vous oblige à provisionner. C’est comme ça qu’aujourd’hui on se retrouve avec un fond de caisse de 3 millions d’euros. Qui vont nous permettre d’acheter 4 ou 5 éoliennes supplémentaires. On pourrait investir dans autre chose. »

Vous retrouverez la suite des propos de Jacques Pallas à la fin d’un précédent article « Parlons amélioration de l’habitat », où il propose de flécher une part des retombées financières des éoliennes vers l’isolation des bâtiments pour éradiquer de sa Commune et des alentours les passoires thermiques.

Nous avons pu au cours de cette visite voir les panneaux photovoltaïques installés sur la toiture de la Mairie de Saint Georges sur Arnon. La Mairie produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Nous avons vu aussi les quelques hectares de terre achetés par la Commune pour y installer un jeune couple de maraîchers bio.

Avant la partie débat de cette journée, Charles Fournier a conclu ainsi ces 3 visites :

« Saint Georges sur Arnon, c’est un projet d’ensemble, une vision du territoire autour de la question énergétique. Là on dépasse l’énergie pour faire des économies, on dépasse l’énergie pour diversifier les activités, on arrive à l’énergie comme un élément du développement local.

Convaincu que l’énergie est à la fois un moyen d’améliorer l’efficacité des activités économiques dans les territoires ruraux, c’est une activité de diversification pour les agriculteurs, et c’est en soi une activité économique pour les territoires ruraux. Et on le voit c’est un projet de territoire.

 Il faut peut-être rompre avec un vieux logiciel du développement économique qui nous raconte plutôt une histoire d’attractivité, de capacité à faire venir des entreprises (voir l’article « Aménageurs de territoire »), on voit ce que ça donne depuis des années et des années, mais on continue à la raconter cette histoire-là. Puis il y a une autre histoire, qui s’appuie sur les ressources locales. Bien sûr qu’il faut des ingénieries de l’extérieur, mais le développement pour ces territoires, il s’appuie sur les richesses locales, comment on les protège, comment on les valorise et on en fait des éléments du développement local. »

Il vous suffit de lire ou relire certains de nos précédents articles (voir l’article « Agriculteur : aussi producteur d’énergie », « Développement social et agricole ») pour comprendre que nous sommes en plein accord avec les propos de Jacques Pallas et Charles Fournier : le développement des énergies renouvelables, la sobriété énergétique est une chance pour les territoires ruraux, aussi pour notre Sud Touraine avant toute chose territoire rural, et cela peut constituer en soi un projet de territoire.

Loches Sud Touraine : Terre d’énergies agricole

Cet axe de développement majeur et pérenne ne devrait pas être négligé par nos élus locaux à nous, ceux du Sud Touraine. Pour toutes les formes possibles de production d’énergie renouvelable. Il conditionne notre avenir territorial. Pour l’instant, la CCLST en est à disserter sur le sexe du dragon (voir l’article « Plan climat : les éoliennes en question »), s’il faut vraiment pointer sa lance pour l’occire, ou rester en l’état avec les vieux logiciels très 20eme siècle du développement territorial.

Nous serons bientôt fixés, puisque la CCLST lance simultanément son projet de territoire (voir les articles « A vos agendas » et « Vu du parking »), son schéma de cohérence territorial, et son plan climat air énergie territorial.

Tableau « Saint Georges terrassant le Dragon » de Paolo Uccello (1397-1475) Musée Jacquemart André. Paris.

(*) Ligneux : résidus de taille d’arbres, d’arbustes.

(**) Société d’économie mixte : entreprise dont les collectivités territoriales détiennent au minimum 51% du capital et au maximum 80%. Le reste du capital est détenu par des entreprises privées ou ne pouvant être considérées comme publiques.

(***) Energie Partagée : Société en commandite par Action (SCA) à capital variable dont les actions sont détenues exclusivement par des citoyens. Energie Partagée investit directement au capital des projets de production d’énergie renouvelable.

Les caractères en bleu sont des citations orales ou écrites

Voir article: pointez le titre, cliquez, et l’article s’ouvre

ISSN 2610-5942

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2 réflexions sur “SAINT GEORGES TERRASSANT LE DRAGON

  1. à ma connaissance pas l’ombre d’un panneau solaire sur les ateliers relais et autres bâtiments appartenant à la CCLST et pourtant il y a de la surface utilisable.

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  2. Bon travail, bien documenté. Que de temps passé bénévolement au service des citoyens. Merci Monsieur Pelletier. Dommage que de la part de nos élus, aucune parution concernant leurs études ne soient publiées.
    Mais peut-être, est ce le néant?
    Jean Verheggen

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