NÉOLITHIQUE

Après avoir restitué les deux questions diverses de fin de conseil communautaire de Loches Sud Touraine (CCLST) du 12 avril 2018 (voir les articles « La boule de cristal prospective » et « Open data ») nous passons au décryptage du budget 2018.

Il est bon de rappeler que toutes les dépenses inscrites au budget autorisent le Bureau communautaire à agir, sans avoir à demander en cours d’année de nouvel avis du conseil communautaire, à moins que l’enveloppe primitivement prévue soit trop courte.

Voici donc le premier volet de ce budget 2018, rubrique investissements pluriannuels, appelés dans le jargon « AP » pour Autorisation de Programme.

3 étaient déjà engagés par l’ex communauté de Communes Loches Développement (CCLD) avant la fusion du 01er janvier 2017 des 4 ex communautés de Communes, à savoir :

  • La gendarmerie de Loches
  • Le centre intercommunal d’action sociale de Loches
  • La zone d’activités de la Grande Rochette de Reignac sur Indre

2 nouveaux apparaissent cette année, à savoir :

  • L’extension des bâtiments du Node Park loués à l’entreprise Armatis à Tauxigny Saint Bauld
  • La station d’épuration des eaux usées de Loches

Vous remarquerez que tous ces investissements suffisamment importants pour s’échelonner sur plusieurs années sont réalisés dans des Communes de l’ancienne CCLD. Son président à l’époque Pierre Louault avait prévenu lors du point Presse qui avait suivi la réunion des Maires à Preuilly sur Claise le 15 avril 2016 (voir l’article « L’esprit communautaire ») :

« Ça on les rassure on s’occupe de manger leur cagnotte. Quand une mariée arrive avec une dot elle ne va quand même pas commencer par poser ses conditions. »

Nous sommes en plein dedans. Les apports de trésorerie principalement de l’ex communauté de Communes de Touraine du Sud (CCTS) pour 10.1 millions d’euros et secondairement d’environ 4 millions d’euros venant de l’ex communauté de Communes de Montrésor (CCM) ont enfin trouvé un usage, permettant à l’ex CCLD de poursuivre sa marche en avant, freinée avant la fusion par son endettement (voir l’article « Réunion de la famille »).

Voici détaillés ces 5 investissements pluriannuels inscrits au budget :

Gendarmerie de Loches :

Laurent Couraud, vice-président de la CCLST en charge des finances :

« On avait une autorisation de programme initiale de 2 millions d’euros qui a été portée compte tenu des résultats d’appels d’offres à 2.2 millions en décembre 2016. Il est nécessaire de l’augmenter une nouvelle fois de 100 000 euros pour atteindre ce qu’on espère être le coût final, 2 300 000 euros. »

De ces 2.3 millions d’euros estimés, il est prévu au budget 2018 un emprunt de 1 470 000 euros pour financer l’investissement, le solde étant assuré par des subventions, soit 830 000 euros prévus. Les loyers que paiera l’Etat à la CCLST pour ses services de gendarmerie permettront de rembourser l’emprunt. Il n’a pas été indiqué si les loyers couvriront l’entièreté de l’annuité des emprunts.

Le conseiller communautaire Gilles Bertucelli, issu de la Commune de Preuilly sur Claise intervient :

« La compétence « gendarmerie » va être prise par la communauté de Communes ? »

Aujourd’hui, seules les gendarmeries de Loches et Ligueil sont communautaires, compétence prise par les anciennes communautés de Communes de Loches Développement (CCLD) et du Grand Ligueillois (CCGL).

Comme nous l’avions indiqué dans un précédent article (voir l’article « Les gendarmeries ») aucune gendarmerie de l’ex CCTS n’était de compétence communautaire et elles ne le sont toujours pas. Elles sont gérées par des Syndicats intercommunaux, dont les membres sont les Communes.

Gérard Hénault président de la CCLST lui répond :

« On va travailler sur les compétences des différents syndicats de gendarmerie. A terme, c’est la prise de compétence, oui, mais pas aujourd’hui. Le sujet sera abordé lors de la conférence des Maire qui arrive. Le sujet sera qu’est-ce qu’on fait des compétences. »

Centre intercommunal d’action sociale (CIAS) de Loches :

Est programmé dans le centre-ville de Loches la construction d’un immeuble de bureaux et de 8 logements, destinés à recevoir localement les services sociaux du Conseil Départemental, les services d’actions sociales de la CCLST et d’autres partenaires. Si nous avons tout bien compris, les 8 logements seront propriété du bailleur social Val Touraine Habitat, les bureaux de la CCLST.

Gérard Hénault :

« Vous avez suivi la chose. Vous savez que l’AP [Autorisation de Programme] initiale a déjà été portée de 2 160 000 euros à 2 400 000 euros l’année dernière. Il faudrait qu’on l’augmente encore pour le coup pour la porter à 2 630 000 parce qu’on a des coûts supplémentaires qui nous arrivent. On a déjà très honnêtement payé le foncier bien assez cher, mais on a en plus des soucis qui sont en termes de dépollution, désamiantage, enfin des choses comme ça, de manière à être large. On s’est engagé auprès du Conseil Départemental et des très nombreux partenaires de faire l’ouverture au mois d’août 2019. Donc on a vraiment urgence à attaquer ce chantier. »

 Il est prévu au budget 2018 un décaissement net de 1 376 752 euros, d’ores et déjà minoré d’une subvention de 240 000 euros du Fonds Départemental de Développement (F2D).

Gérard Hénault en a profité pour annoncer à l’assemblée que le relogement des services de l’Etat que sont la DDT (direction départementale des territoires) et l’éducation nationale se fera dans le bâtiment Ballart de Loches. De bons locataires pour cette ruine achetée à prix d’or et rénovée à grands frais (voir l’article « Loches Sud Touraine fait la banque »).

La Zone d’Activités de la Grande Rochette à Reignac sur Indre :

Marc Angenault, vice-président de la CCLST en charge de l’économie :

« L’autorisation de programme s’arrêtait en 2018. Vous savez qu’on a des problèmes en cascade sur cette zone. On a déjà engagé 300 000 euros, pour les achats de terrains, les études, etc, et que l’on a découvert un site exceptionnel, tout est exceptionnel à Reignac à commencer par son Maire. D’ailleurs il va avoir la fibre avant tout le monde (voir l’article « La bataille de la fibre »). En plus on est obligé de payer des fouilles et si on fait des fouilles sur ce site néolithique (*) de l’âge de bronze final on en a pour 1 million pour la première tranche. Evidemment on s’est retourné vers la DRAC [Direction régionale des Affaires Culturelles] pour obtenir une autorisation pour pouvoir quand même exploiter la première partie le long de la départementale qui mène de Manthelan à Reignac. Nous avons à nouveau rendez-vous le 23 avril à la DRAC à Orléans pour négocier et s’ils ne veulent pas négocier alors on sortira l’artillerie lourde.  Donc on demande de prolonger jusqu’en 2019 l’AP [autorisation de Programme].»

Gérard Hénault :

« On est dans une région patrimonialement très riche, mais là on est en train de se prendre de plein fouet un inconvénient. Dans le meilleur des cas on abandonne la partie de la ferme néolithique du bronze final qui ne représente pas la totalité du terrain, mais qu’on a payé. On pourra se promener dessus en plein jour on n’aura pas à avoir honte. Et si on arrive à trouver un terrain d’accord acceptable avec les services de l’archéologie, à une partie utilisable pour l’économie. Sachant que si on se ramasse les 2 millions d’euros à dépenser pour l’archéologie, là c’est même pas la peine on arrête tout, avec les conséquences sur les entreprises qui ont besoin de ce foncier. Bref. »

Avouez que c’est pas d’bol. Un village préhistorique « exceptionnel » du « néolithique de l’âge de bronze final », période où l’homme s’est sédentarisé, a inventé l’agriculture et l’élevage, contrarie aujourd’hui l’édification de nouvelles constructions faites de parpaings, de briques, de béton et autre bardage, bref de nouvelles pierres (*). Les vestiges de nos anciens qui empêchent les nouvelles. Pas d’bol, vraiment.

Quel dommage pour cette zone d’activités de la Grande Rochette qui avait pour vocation de siphonner l’implantation des entreprises du Sud Touraine, si l’on en croit les propos même du Maire de cette Commune Loïc Babary, aujourd’hui vice-président de la CCLST, en mars 2016 :

Nous y lisons: « Les quatre communautés de communes du Sud Touraine seront notamment en charge de démarcher les entreprises pour qu’elles viennent s’y installer».

Une belle occasion de loupée de surcharger encore un peu plus la RD943 par l’implantation de nouvelles entreprises (voir l’article « Mélodie en sous-sol »). Comme si le territoire de Loches Sud Touraine était un confetti, alors qu’il est le 8eme plus vaste de France. Il n’y aurait pas d’autre lieu pour implanter des entreprises ? (voir l’article « Aménageurs de territoire »)

Surprenant aussi que la découverte de ce site ne s’accompagne que de regrets, alors qu’il pourrait peut-être compléter l’offre touristique liée à la préhistoire, en plus du Musée du Grand Pressigny, de l’archéolab d’Abilly et du Roc aux Sorciers d’Angles sur l’Anglin immédiatement voisin (voir l’article « L’art de flâner »). Vous savez, le tourisme si cher à notre collectivité, empêchant l’implantation à Bridoré de 5 éoliennes, parce que le bout de leurs pâles seraient visibles du donjon de Loches : insupportable pour les touristes on vous dit. Il y aurait donc des sites que l’on promeut, que l’on valorise, et d’autres qui gênent (voir les articles « Plan Climat : les éoliennes en question » et « Les passions de l’âme »).

Armatis à Tauxigny :

Marc Angenault :

« Armatis prévoit la réhabilitation de ses bâtiments et entre autres pour améliorer les conditions de travail de son personnel. Je vous rappelle qu’il y a 800 salariés à Armatis [ex Laser contact] et qu’aujourd’hui le programme se monte à un peu moins de 3 millions d’euros. Cette tranche supplémentaire est nécessaire, qui sera couverte par une augmentation de loyer. A chaque fois ils ont tenu leurs engagements. Et aujourd’hui c’est une opération qui est bénéficiaire pour la communauté de Communes. »

Avant d’aller plus loin, il est bon de préciser qu’Armatis, entreprise de télémarketing usuellement appelé centre d’appels, a une de ses agences à Tauxigny. Elle est locataire d’un bâtiment édifié par l’ex CCLD, devenue à la grâce de la fusion propriété aujourd’hui de la CCLST. Le projet actuel prévoit la restructuration de 700 m2 existants et la construction de 1300m2 supplémentaires.

François Verdier-Pinard, conseiller communautaire issu de Beaulieu les Loches :

« Les sommes sont très importantes. Je suppose que la santé de cette société la rend pérenne. Parce que si on investit 3 millions et que cette société-là dépose le bilan dans….. je suppose que cela a été fait, mais je voudrais avoir une confirmation. »

Gérard Hénault :

« Nous avons une habitude de longue coopération avec cette société qui se porte à ma connaissance bien. »

C’est tant mieux! Même si nombre de ses salariés sont des abonnés fidèles au Lexomil et autre Xanax, aux débrayages si l’on en croit des articles de la Nouvelle République, anciens ou récents:

Marc Angenault :

« Tout ça est aussi adossé à des contrats qui sont faits avec les grands majors nationaux, on a Orange, Nescafé aussi comme clients d’Armatis. A l’époque où il y a eu des difficultés, effectivement on a pendant un temps réduit les loyers mais ils ont rattrapé, donc l’opération est aujourd’hui bénéficiaire. Le bâtiment est payé, largement payé. »

Christian Baritaud, conseiller communautaire issu de la Commune de Bridoré :

« Je souhaiterais savoir si nous savions quelle était la proportion des employés qui étaient installés sur le territoire parce que c’est quand même le territoire qui investit.»

Marc Angenault :

« C’est un peu plus de la moitié. Et de plus en plus parce que les derniers emplois proposés par Armatis ont été traités par Pôle Emploi à Loches. »

Ah! Le long calvaire du bailleur : un bon client qui se trouve à l’étroit dans ses murs, qui veut s’agrandir, et il vous faut trouver 3 millions d’euros. Comme la CCLST est propriétaire de moult biens immobiliers d’entreprises, elle doit répondre à la demande d’agrandissement de ses locataires prospères pour qu’ils restent. Bonne nouvelle. Et d’une autre main alléger les loyers des souffreteux ou encore pire trouver de nouveaux locataires au plus vite pour les locaux laissés vides. C’est bien ce qui nous semble être aujourd’hui la politique économique de la CCLST, comme hier celle de la CCLD : du foncier, de l’immobilier.

Station d’épuration de Corbery à Loches:

Gilbert Sabard, vice-président en charge de l’eau et de l’assainissement :

« La station [d’épuration des eaux usées] ça fait 45 ans qu’elle est construite. On a un programme d’inscrit de 4 250 000 euros de 2018 à 2021 pour la construction d’une nouvelle station d’épuration. Financée par des subventions à hauteur de 2 127 000 euros et un emprunt de 2 123 000 euros. »

Jackie Mathevet, conseiller communautaire issu de la Commune de Perrusson :

« De gros travaux avaient été réalisés pour améliorer la station d’épuration si je me souviens bien dans les années 2010 2012. Cela avait nécessité un budget important, 700 0000 ou 800 000 euros, c’est quand même pas rien, et ces travaux devaient permettre de faire fonctionner la station quand même pendant de nombreuses années. On avait aussi discuté, il y avait une marge sur le potentiel d’épuration par rapport au nombre d’habitants. La population n’a pas beaucoup augmenté dans le lochois par rapport à cette zone. Une nouvelle station c’est quand même 4 250 000 euros. Surtout qu’on sait par principe que l’enveloppe financière dédiée prend 15% 20% d’augmentation au fur et à mesure de la réalisation des travaux. On en a la preuve avec la gendarmerie qui vient de se construire. Ça a pris 300 000 euros en 3 ans. Voilà, pouvez-vous dire pourquoi la construction d’une nouvelle station d’épuration, et qu’est-ce qu’on fait de l’ancienne ? »

Gilbert Sabard :

« Les travaux qui ont été entamés en 2010 ça concernait le chaulage des boues. On avait reconstruit un bâtiment. Mais il faut savoir qu’en 2008 nous avons tous été convoqués par le Préfet d’Indre et Loire. Vous savez que la station de Loches elle n’est pas dans le bon sens par rapport à la rivière et cet arrêté (**) il court toujours. Entamer des travaux sur cette station très vétuste, ce n’est pas le moment de le faire. La station de Loches fait partie des stations prioritaires pour être rénovées c’est ce que je peux dire aujourd’hui, le dossier était préparé, et on peut pas l’arrêter. »

Marc Angenault :

« Je m’en souviens. On a été appelé par le Préfet de l’époque à corriger, parce qu’en fait on aurait jamais dû avoir une station [d’épuration] à cet endroit. Et aujourd’hui on est obligé de la changer de sens, on ne la déplace pas, mais en même temps on en profite pour la moderniser. »

Gilbert Sabard :

« On avait acheté les 2 hectares et si on n’avait pas ces 2 hectares pour faire tourner la station on serait bien embêtés : où la mettre ? L’arrêté du Préfet (**) il court toujours. Tous les bâtiments de l’ancienne station vont être démolis.»

Vous trouverez le texte de l’arrêté du Préfet de décembre 2008 en fin d’article (**). On se résume:

  • Décembre 2008 : un arrêté du Préfet expliquant tout ce qui devrait être modifié dans la station d’épuration de Corbery, avec des injonctions de faire.
  • 2010 2012 : environ 700 000 euros d’investissements réalisés pour « cette station très vétuste ».
  • 2018 : on change de braquet, on rase et on fait du neuf pour 4.25 millions d’euros.

Une question, juste une petite question : pourquoi avoir attendu tant de temps pour faire du neuf ? Ah oui, entre temps il y a eu la fusion des communautés de Communes qui a donné un peu d’air pour les investissements à réaliser sur le territoire de l’ex communauté de Communes Loches Développement.

A la vue de ces 5 programmes pluriannuels, l’on pourrait dire qu’en 2017 ce n’est pas une fusion de communauté de Communes qui a eu lieu, mais une acquisition par la CCLD des 3 autres, de leurs ressources financières. En tout cas ça y ressemble bigrement.

(*) Étymologie Néolithique : Néo pour nouvelle et lithique pour pierre. Nouvelle Pierre donc.

(**) Arrêté du Préfet de décembre 2018

Les caractères en bleu sont des citations orales ou écrites

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ISSN 2610-5942

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