UNE PETITE VOIE

La communauté de Communes de la Touraine du sud (CCTS) veut s’offrir avant de mourir, je veux dire disparaitre administrativement le 01er janvier 2017, fondue qu’elle sera dans le grand ensemble « Loches sud Touraine », une voie verte de 42 kilomètres.

Cet axe de circulation douce qui s’étendrait de Descartes à Tournon saint Pierre est actuellement et depuis de nombreuses années une ligne de chemin de fer désaffectée, une balafre au cœur de certaines de nos Communes. Gérard Hénault président de la CCTS appelle de ses vœux et soutient ce projet depuis des années.

Préalablement, le conseil communautaire du 17 février 2016 avait inscrit à son budget 2016 le coût de l’étude de faisabilité pour un montant estimé à 28 000 euros HT, ainsi que 500 000 euros correspondant à une éventuelle première tranche de mise en travaux de cette voie verte dès 2016 (voir l’article « Humainement impossible »).

Le conseil de la CCTS du 16 mars 2016 l’a autorisé à signer avec SNCF Réseau la convention d’occupation temporaire de cette voie ferrée pour une durée de 10 ans. Le loyer annuel négocié est de 2000 euros hors taxes.

A l’occasion du conseil communautaire du 28 septembre 2016, Gérard Hénault a eu l’autorisation de signer une convention d’occupation temporaire de cet ouvrage pour une durée de 20 ans (voir l’article « Elle court, elle court »).

Lors du conseil communautaire du 19 octobre 2016, le montant de l’investissement dans sa globalité a été présenté conjointement par le vice-président en charge du Tourisme Jacky Périvier et Gérard Hénault. Jacky Périvier expose :

« Pendant l’été, le cabinet ALKHOS a fait des études pour abaisser le coût de l’aménagement avec différents scénarii proposés. Pour résumer, le projet global au départ était à 7.7 millions d’euros + 225 000 euros de mise en tourisme, autant dire 8 millions d’euros. En tout cas c’est un projet que je ne porterais pas dans cet état. C’est très clair. Il faut le porter, mais autrement.

Il y a eu 3 scenarii qui ont été proposés :

1 scenario avec une réduction de la largeur de la voie. Au lieu de 3 mètres, 2 mètres. Ça laisse à 6.3 millions + une partie de la mise en tourisme au lieu de 8 millions d’euros. Vu les temps qui courent je pense que c’est encore trop.

Ensuite il y a eu un scenario où on change carrément le revêtement. Sur toute la longueur, c’est-à-dire les 42 kilomètres on met un revêtement différent. Et là on baisse à environ 4 millions à 5.2 millions d’euros pour la création de cette voie verte. De 4 à 5.2 millions d’euros puisque tout dépend du choix du revêtement.

Et il y a aussi un autre scenario qui était de faire seulement partiellement la voie. Au départ de Descartes en faisant le lien avec la Celle saint Avant pour que les vélos puissent arriver. On descend en train à Port de Piles, on vient jusqu’à Descartes où on prend la voie verte. Et là on s’arrête à Preuilly. On a 26 kilomètres seulement contre 42.2 kilomètres et on a un coût de 5.2 millions.

Alors, la commission d’hier au soir, après en avoir débattu, refuse bien sûr le 1er scenario à 8 millions, refuse aussi que ce ne soit pas sur l’intégralité de la longueur et souhaite se réunir avec la COPIL (comité de pilotage de la fusion des 4 communautés de Communes) le 14 novembre 2016 pour étudier de nouveaux projets et notamment il va être fait appel à des entreprises pour nous dire pour chaque point de dépense l’exactitude du coût. »

Gérard Hénault prend le relais :

« Comme l’a dit Jacky, s’amener avec un projet de 8 millions d’euros, ce n’est même pas défendable. Arriver avec un projet qui ne considère que la moitié du linéaire, c’est encore moins défendable. L’intérêt de cet équipement à venir c’est d’abord qu’il soit d’une telle longueur et ensuite qu’il soit raccordable sur des territoires voisins. Donc la piste que vient d’évoquer Jacky est à mon avis indispensable, c’est-à-dire de voir des entreprises. On peut faire un projet qui soit moins ambitieux en termes de revêtement. Qu’on soit sur notre public cible qu’on a répertorié, visé dès le départ, que ce soit les marcheurs, les VTT, sachant qu’en principe il n’y aura pas d’ornière, puisqu’il qu’il n’y aura pas de véhicules à moteur. Là-dessus, il y a des choses à revoir. On ne peut pas faire le reproche au bureau d’étude d’avoir des propositions un petit peu cossues. Après tout c’est à nous maintenant d’être imaginatif. On est un peu coincés quand même pour dire la vérité, puisque 8 millions pas question, la moitié de la voie pas question, le laisser en abandon pas question. On est à une croisée de chemin un peu spéciale. »

Intervention de Jean Bois, maire de Bossay sur Claise :

« Quelles seront les retombées économiques ? »

Gérard Hénault :

« Tu sais mon cher Jean, on arrive sur un terrain mouvant. On sait depuis le début qu’on a toujours du mal à chiffrer. Alors nos agents disent, non, non, cela rapporte. Ça coûte aussi. L’autre problème du tourisme c’est qu’un bon aménagement touristique profite aussi aux populations, c’est-à-dire que le gars de Bossay sur Claise qui va faire son footing là-dessus tous les dimanches va dire c’est quand même merveilleux parce que je ne risque pas de me faire écraser, parce que le revêtement est plutôt agréable….. Ça ce n’est pas chiffrable économiquement, n’empêche que c’est un équipement intéressant. On raisonne aussi en termes d’attractivité du territoire : proposer ce genre de chose-là, ce n’est quand même pas ordinaire. Je pense que si on se lance dans l’idée de dire ça coûte tant, ça va rapporter tant, je regarde en combien d’années je l’amortis : ouille ouille ouille c’est pas bon. Là on a tout faux. Si on ne le fait pas, moi je m’interroge sur ce que va devenir cette chose-là. »

« Nous tous ici, grosso modo, on considère que ce n’est pas un projet inintéressant. Et ce qu’au moins l’exécutif de notre communauté de Communes souhaite c’est vraiment qu’au moins on y entre. Parce qu’il serait peut-être regrettable que des partenaires futurs qui vont bientôt être nos frères nous disent « Oh là là c’est quand même bien cher pour un méchant chemin dans le sud ». Nous on a une autre vision des choses. Ce qui était souhaitable est d’engager. On a engagé avec cette étude, mais j’aimerais beaucoup engager financièrement. Parce que si on dépense un peu on peut recevoir des subventions. Pour ces nouveaux fonds de croissance verte (voir l’article « Une souris verte »), il est vraisemblable qu’on pourra obtenir quelque chose. Là encore l’idée c’est de réduire autant que possible les coûts pour avoir un équipement qui ne soit pas démesurément cher. »

Détaillons maintenant en morceaux cette bonne grosse tranche de voie ferrée Descartes Tournon saint Pierre :

En premier lieu, force de constater que Gérard Hénault n’a rien caché de l’avancement de ce projet et a régulièrement informé le conseil communautaire. Régulièrement, il a demandé à l’assemblée son accord au fur et à mesure de son avancée (voir l’article « Nouvelle règle »). Mais sans jamais se risquer à donner un estimatif financier de ce projet, même à la fourche.

Cette voie ferrée désaffectée qui traverse du nord au sud le territoire de la Touraine du sud est à prendre en compte en termes d’aménagement du territoire. Il est louable de s’interroger sur la manière dont cette balafre qui coupe en 2 certaines Communes peut être valorisée.

Compte tenu de sa longueur, ce projet sera dispendieux. Ce n’est pas une surprise, en tout cas j’espère. Aujourd’hui, compte tenu de ses réserves financières de plus de 10 millions d’euros à fin 2015, la CCTS aurait les moyens, sans emprunter ni augmenter les taux d’imposition, de financer même la version la plus onéreuse du projet à 8 millions d’euros. Nous disions déjà le 06 janvier 2016 (voir l’article « Soldé ») qu’avec ce projet « il est probable que tout le trésor de la CCTS y passe ». Nous n’étions pas loin de la réalité, pour une version voie verte de qualité, « un petit peu cossue ».

D’autres collectivités ont aménagé des voies vertes. Il y a celle de 40 kilomètres Châtellerault Loudun qui est ancienne, et celle de 70 kilomètres Tournon Saint Martin Le Blanc qui se prolonge d’année en année dans la Brenne. On ne peut pas dire comme le fait Gérard Hénault que « ce n’est quand même pas ordinaire » puisque nombre collectivités ont leur voie verte. Est-ce qu’avant que la CCTS signe la convention avec SNCF Réseau, elle s’est rapprochée d’autres collectivités environnantes pour avoir un ordre de grandeur de l’investissement, et des indications sur les pièges à éviter ? Bref, s’éclairer de l’expérience des autres.

Pourtant il suffit de quelques minutes pour trouver des études de réalisation de voie verte et leur coût. Le kilomètre de voie verte coûte environ 120 000 euros pour une qualité de revêtement médiocre, mais peut être du double, suivant le cahier des charges de la Collectivité et des contraintes de terrain et d’ouvrages d’art. Par exemple, le coût des travaux d’aménagement de la voie verte de 37 kilomètres Louvigny Clecy dans le Calvados (*) est de 9.5 millions d’euros, sans retirer la voie ferrée existante. Le projet de voie verte de la Touraine du Sud prévoit le désarmement de la voie ferrée (voir l’article « Soldé »).

Je trouve pour ma part inquiétant qu’une fois la convention signée pour 20 ans, on découvre l’ampleur de la douloureuse, même si elle peut être réduite. 5 ou 8 millions d’euros c’est une somme, mais sans avoir d’estimation du montant des subventions possibles, il est difficile d’apprécier le coût final qui restera à la charge de la Collectivité. C’est le grand flou, la grande aventure.

Cette voie verte peut avoir des retombées d’image pour notre territoire, et des retombées touristiques. Mais pour que ce tourisme nouveau ait des retombées économiques, encore faudrait-il que le long de cette voie, il y ait des établissements d’hébergement, des commerces, des lieux de restauration, des animations attractives, etc (voir l’article « L’art de flâner »).

Même en étant une destination particulièrement attractive et visible, le tourisme est une industrie instable : la météorologie, l’actualité du pays, les parités monétaires, les effets de mode, etc. A moins d’être un spot particulièrement unique et attractif, le tourisme n’est en général que la cerise sur le gâteau de tout un ensemble déjà structuré. En sommes-nous à ce stade ?

L’avancement du dossier du numérique, c’est-à-dire l’accès au très haut débit de toutes les habitations et autres entreprises, serait la meilleure garantie du développement économique pérenne de notre territoire.

Le schéma directeur territorial d’aménagement du Numérique d’Indre et Loire a été présenté le 24 février 2016 par le comité du syndicat Touraine Cher numérique. Pour tout le département d’Indre et Loire, ce schéma estime à 100 millions d’euros le coût du raccordement de 75% des foyers, laissant de côté les locaux isolés.

Cette étude valorise la mise en très haut débit des 11 000 prises du territoire de la CCTS à 5.8 millions d’euros, dont 1.5 millions d’euros restant à la charge de la CCTS. En intégrant les prises isolées, le coût de l’équipement total de notre territoire serait du même ordre de grandeur que la voie verte version cossue, avec un montant pour la CCTS, net de subventions, de l’ordre de 2 millions d’euros.

Certaines collectivités rurales, lasses de devoir attendre l’installation du haut débit sur leur territoire se sont déclarées « opérateur télécom », ont embauché du personnel, et ont mis en œuvre comme des grandes leur infrastructure numérique. Pour elles c’était vital, comme l’électrification des campagnes à la fin des années 40.

La voie verte n’est pas exclusive du numérique. Mais si l’on cherche un développement économique durable, il n’y a pas photo.

La seule chose certaine à ce stade est que la CCTS ayant signé une convention avec SNCF Réseau pour les 20 prochaines années (et dès 2017 ce sera « Loches sud Touraine » qui prendra le relais), elle aura à sa charge l’entretien des 42 kilomètres. D’après la littérature disponible, le seul entretien revient annuellement à environ 1500 euros du kilomètre, qu’il y ait une voie verte ou une voie ferrée. A cela il convient d’ajouter le loyer annuel versé à SNCF Réseau de 2000 euros HT.

(*) http://www.calvados.fr/files/content/mounts/Internet/Se-deplacer-et-communiquer/se-deplacer-autrement/plan-velo/documents/synthese-amenagement-d-une-voie-verte-entre-louvigny-et-Clecy.pdf

Les caractères en bleu sont des citations orales ou écrites

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9 réflexions sur “UNE PETITE VOIE

  1. C est prévu pour le (s) ou la personne qui se classe dans des compétitions c est à dire personne à Descartes quand ce sera fini et qu on remettra les trains à l ordre du jour…

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  2. « 1 scenario avec une réduction de la largeur de la voie. Au lieu de 3 mètres, 2 mètres. » : j’espère que ce n’est pas le scénario qui a été retenu. Pour une voie cyclable bidirectionnelle, 3 m est le minimum. A 2 m deux cyclistes remorquant une carriole ne se croisent pas sans ralentir jusqu’à mettre pied à terre.

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    1. La communauté de Communes Loches Sud Touraine n’a pas l’habitude de donner des indications au fur et à mesure de l’avancement des dossiers. En général tout est rendu public le jour où la décision a été prise par le Bureau communautaire, au moment où il est demandé aux 94 conseillers communautaires d’avaliser leur décision. On verra, en tant utile mais certainement pas avant 2019 maintenant.

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      1. Orléans Métropole a le même genre de fonctionnement autant que je puisse en juger… En tout cas, bravo pour votre blog dont le contenu est d’une grande richesse.

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  3. Je suis actuellement en vacances en Touraine du sud et ma logeuse m’a parlé du projet de voie verte sur l’emplacement de l’ancienne voie ferrée. En cherchant sur le web je suis tombé sur ce billet. Pourriez-vous me dire où en est le projet à l’heure actuelle ? Merci d’avance.

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    1. Les rails ont été enlevés l’hiver et le printemps dernier. La végétation pousse. La communauté de Communes recherche des subventions pour financer le chantier. Puisque nous parlons de plusieurs millions d’euros pour les 42 km à réaliser. Si vous voulez voir à quoi elle ressemble actuellement au niveau de la Commune de Descartes, vous avez des photos dans notre article du 23 juillet 2018 intitulé « D’autres chats à fouetter ».

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